Après avoir écrit le scénario de la série Blacksad, Juan Diaz Canales passe du polar à l'humour avec Les Patriciens. C'est Gabor qui prend les commandes du dessin
pour donner vie à un troisième auteur: Taq. Celui-ci se retrouve bien embêté après que les produits de son imagination, des créatures plutôt loufoques, deviennent réalité. Heureusement, Canales
et Gabor sont là pour nous expliquer ce qui se trame...
Y a-t-il un peu de Taq en vous ?
Canales: Oui. En fait, je crois que, plus ou moins, il y a
un peu de Taq dans tous les auteurs. Nous avons pas mal de doutes et d’insécurités face à notre métier artistique. On change d’état en permanence, passant de l'euphorie à la dépression ! Bref, un
peu d'autodérision c'est nécessaire !
Qu’est ce qui vous a inspiré pour cet album étonnant ?
Canales: Il y a plein de choses qui me viennent à l'esprit comme source d'inspiration.
D'abord il y a une réflexion ironique sur les "problèmes" de la création artistique. Puis nous avons aussi épicé le récit avec des personnages et situations qui sont utiles pour rigoler sur
plusieurs aspects absurdes de la société actuelle, comme les politiques incompétents, les excès des médias, la fausse spiritualité, etc...
Juan Diaz, un peu de psychologie de comptoir ne nuit pas: le succès de Taq décrit dans l’album a-t-il un lien même lointain avec
celui de Blacksad ?
Canales: Mais... je ne m'en étais pas aperçu ! (rires)
Blagues à part, non le succès de Blacksad n’est pas pareil que celui de Taq, (Taq lui, sera plutôt planétaire, comme celui de Harry Potter). Et non, je n’ai aucune envie d'être considéré comme un
"ARTISTE" avec un grand A comme lui. Bien au contraire, je suis très content pour l'instant. Il y a toujours des frustrations, mais disons qu'elles sont inavouables (rires).
Comment passe t-on d’un projet comme Blacksad aux Patriciens ?
Canales: D'une façon très naturelle, facile. Il est bien
relaxant de changer de l’ambiance et la trame assez glauque du polar pour se détendre avec une amusante histoire d'humour !
Comment vous êtes vous rencontrés tous les 2 ? Gabor, qu’est ce qui vous a attiré en Canales et dans Les Patriciens ?
Gabor: On vient de travailler ensemble pendant des années dans un studio de dessin animé
à Madrid. Évidement, ça nous a permit d’avoir une grande complicité. Et puis on savait que si nous faisions ensemble une série comique ça pourrait vachement bien marcher car nous partageons un
sens de l'humour très proche. Et bien sûr, ça a beaucoup aidé développant une série aussi folle que Les Patriciens.

Quelles suites sont attendues ?
Tant que nous aurons des histoires en tête (et des lecteurs, bien sûr), nous aurons beaucoup de plaisir à développer la série. Pour l'instant, nous travaillons sur
le tome 2, encore plus fou et marrant que le première volet. Il devrait sortir au début du 2010 si tout va bien.
Avez-vous déjà rêvé être un de vos personnages et lequel ?
Gabor: Honnêtement non ! Parmi Les Patriciens on ne trouve que des personnages très
exagérés. Ils sont si drôles que je n'ai jamais rêvé être l’un d'eux. Mais peut-être qu’au moment de les dessiner, j'ai mis quelque chose de mon propre côté drôle...
Petit questionnaire:
Quel est votre dernier coup de cœur BD ?
Canales: Ken Games (Dargaud) de Robledo et Toledano... une série époustouflante
!!
Gabor: Difficile choisir, car j'en ai beaucoup. En tout cas, voilà une BD que j'adore:
Cuaderno de Tormentas (Cahier des orages) de David Rubin. Un auteur espagnol très talentueux.
Et coup de cœur ciné ?
Canales: Malheureusement, je vais très peu au cinéma. Mais je dois avouer le film qui
m'a le plu dernièrement, je dirais Éclat éternel de l'esprit immaculé de Michel Gondry.
Gabor: Question difficile. Des derniers que j'ai
vu: 7h58 ce samedi-là de Sidney Lumet.
De quoi êtes vous le plus fier ?
Canales: Je ne sais pas... peut-être d'avoir réussi à faire de la BD.
Gabor: De travailler avec Juan. Faire cette série à côte de lui est très
gratifiant. Et aussi de voir l'enthousiasme dans le projet de la part de Glénat et notamment de notre éditeur Franck Marguin.

Quel est / quels sont vos livres de chevet en ce moment ?
Canales: Les Créateurs de Daniel Boorstin.
Gabor: Le Trône de fer de George R.R. Martin. Peut-être pourrais-je le finir quelque
jour (rires).
La BD numérique, vous y croyez ?
Canales: Bonne question... C'est évident que forcément les choses sont en train de
changer. Mais je ne vois encore l’écran de l’ordinateur comme le substitut idéal de la BD imprimée, tout du moins aujourd'hui. Mais à la vitesse à laquelle la technologie évolue, il me semble
qu’il y aura bientôt de nouveaux formats plus attractifs pour le lecteur... On verra !
Gabor: A mon avis, c'est absurde de s'opposer à
l'inévitable. Je crois encore que l'album comme objet ne va pas disparaître, mais je vois aussi le téléchargement payant comme une grande alternative de diffusion de la Bande Dessinée. En fait,
ça peut augmenter le nombre des lecteurs qui ne seraient peut être pas intéressés par le format traditionnel. En tout cas moi, je préfère le format album.