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Cela faisait cinq longues années qu’on attendait un nouveau volume: Blacksad revient enfin en septembre, avec un quatrième tome intitulé L’Enfer, le silence.

 

Dans ce nouvel opus, on suivra le félin détective mener son enquête à La Nouvelle Orléans, sur les traces d’un pianiste de jazz forcément toxicomane, recherché par son producteur, un certain Faust. Le tout en pleine célébration de Mardi Gras ! Juanjo Guarnido et Juan Diaz Canales nous promettent pour ce volume une intrigue très noire, au cours de laquelle le destin du héros pourrait bien basculer…

 

La fin d’année sera également largement placée sous le signe de Blacksad. Le quatrième volet de L’Histoire des aquarelles, ouvrage co-édité par le regretté Christian Desbois et rassemblant les esquisses et recherches pour L’Enfer, le silence, est annoncé pour novembre. Et un coffret regroupant ce beau livre et la réédition de ses trois prédécesseurs sortira fin 2010.

 

Benjamin Roure

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier N° est disponible depuis le 5 août au prix de 0,99€ (prix de lancement ensuite 2,99 et 4,99€).

Dans ce N°1, un tiré à part N° provenant de la série Astérix et Obélix, des pages de prépublications (Thorgal, XIII Mystery...), des reprises (Astérix, Lucky luke, Boule et Bill...) et une partie à vocation encyclopédique sur un auteur, une œuvre...

Dans le N°2 une prépublication du BLACKSAD Tome 4 entre autre...

 

 

 

Portraits du dessinateur Juanjo Guardino (Nogent-sur-Marne, 23 juillet 2010)

S.Grangier

Cinq - longues - années sans nouvelles du chat noir détective. Jusqu'à ce que Juanjo Guarnido reprenne du service. A quelques semaines de la sortie de L'Enfer, le silence, rencontre avec un dessinateur au génial coup de crayon.

Stupeur et tremblements. Juanjo Guarnido en a le poil tout hérissé. "Je viens de remarquer une erreur de perspective énorme sur l'avant-dernière planche !" Jusqu'ici, tout allait bien. Derniers jours de juin. Dans sa maison-atelier de Nogent-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, Guarnido sait recevoir. Café, biscuits et chant des oiseaux au frais dans le jardin. En guise de clin d'oeil, un chat nonchalant déambule sur le mur. Noir comme Blacksad, héros éponyme d'une série lancée en 2000 par le duo Canales-Guarnido avec Quelque part entre les ombres. Un premier opus qui dépoussière la bande dessinée animalière. Un polar hard boiled qui frappe fort. Comme si Walt Disney avait recruté Raymond Chandler au scénario. Le félin détective est peut-être désabusé, il sait sortir ses griffes quand il le faut. Quand on traîne sa carcasse dans les bas-fonds de l'Amérique des années 1950, mieux vaut savoir donner des coups et en encaisser. Crocodiles, ours ou chevaux sont un loup pour le chat. Un bestiaire superbement croqué par Guarnido, débutant adoubé par Régis Loisel, qui se fend d'une préface élogieuse. Sur une étagère, un cliché les montre bras dessus, bras dessous. "Ce n'est pas une photo truquée, on est vraiment devenus amis."

Un coloriste hors pair

Deux autres albums suivront : Arctic-Nation et Ame rouge. A lire des deux mains et d'une traite. Le style du natif de Grenade s'affirme. Son sens du récit et du cadrage fait des merveilles. Les trois volumes de Blacksad cumulent pas loin de 800 000 exemplaires vendus. Mais, depuis cinq ans, le chat noir se fait porter pâle. Pourtant, Guarnido ne chôme pas et réalise les deux tomes de Sorcelleries, une BD pour enfants. Maigre pitance pour les aficionados de Blacksad. "Dargaud me tannait gentiment. Il ne fallait pas que le tome IV devienne une arlésienne.".

Un beau jour d'octobre 2008, il trouve dans sa boîte aux lettres un premier synopsis de L'Enfer, le silence, de son ami et scénariste Juan Diaz Canales. "J'ai repris avec un plaisir inattendu. Je m'étais tellement amusé avec la légèreté de Sorcelleries que j'avais peur du style réaliste de Blacksad, plus contraignant." Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Guarnido fait durer le plaisir. Dargaud attend les dernières planches à scanner, et il prend son temps. Il travaille à l'aquarelle, tandis que les dessinateurs de BD ont tendance à préférer l'encre. Mais le résultat vaut la peine d'attendre. Pas maladroit avec un crayon, Guarnido est un coloriste hors pair.

A moins de deux mois de la parution de l'album, Guarnido est charrette et n'a même pas l'excuse d'être espagnol en plein Mondial de football promis à la Roja. "J'ai réussi à ignorer quand commençait la Coupe du monde." L'écran plasma géant sert avant tout de paravent pour isoler sa table à dessin, nichée dans un coin du salon. Dans sa maison précédente, son atelier était à la cave, sombre forcément, mais spacieuse. Ici, il n'a gardé que le strict minimum. Une table et des bibliothèques remplies de bandes dessinées. Seule fantaisie chez cet admirateur de Norman Rockwell, des originaux d'illustrateurs américains accrochés aux murs, parmi lesquels Jon Whitcomb et Scott Gustafson.

Guarnido a d'autres chats à dessiner mais trouve le temps de bavarder autour d'un café, détendu et volubile. Et pas peu fier de dévoiler l'édition américaine de la trilogie Blacksad. Le matou vient de rejoindre l'écurie de Dark Horse, la major qui publie Star Wars et Hellboy. "L'éditeur reçoit tous les jours des liens vers des blogs de fans !" Guarnido a donc tout pour être heureux. Quand vient le moment où il nous montre l'avant-dernière planche de L'Enfer, le silence. L'encre est à peine sèche, et l'erreur de perspective lui saute aux yeux. La case en question est une scène de rue vue à ras de sol. Des personnages discutent sur les marches d'un perron, d'autres regardent une fanfare. "A ce niveau du trottoir, ceux-là devraient avoir les pieds beaucoup plus loin. C'est une erreur d'interprétation du crayonné. Pour un écart de 3 millimètres, on prend 30 mètres !"

Repérage à La Nouvelle-Orléans

Pas rancunier, Guarnido affirme qu'il aime dessiner les fanfares. Ça tombe bien, L'Enfer, le silence se passe à La Nouvelle-Orléans. Jusqu'à présent, le décor de Blacksad était une métropole américaine vague, même si sa skyline ressemblait à s'y méprendre à celle de New York. "Canales tenait à ce que l'enquête se déroule dans le milieu du jazz à La Nouvelle-Orléans. Sans verser dans le fantastique, il avait envie d'y mettre une pincée de magie vaudoue. Au départ, j'étais un peu réticent à l'idée de devoir faire des recherches. Mais, entre gens têtus, on arrive à s'entendre." Février 2009, le casanier Guarnido part donc en repérage à La Nouvelle-Orléans. Il débarque en plein Mardi gras. "L'ambiance était incroyable, joyeuse et fêtarde. Je sais que les touristes ont plutôt une vision glauque de la ville, surtout depuis l'ouragan Katrina. La criminalité est élevée et les bandes sévissent dans certains quartiers, mais moi j'ai été happé par le carnaval. Et le style Hara Kiri du défilé m'a fait halluciner. Oncle Sam qui se fait défoncer sur la voie publique, c'est un aspect de l'Amérique que je ne connaissais pas." Guarnido n'a pas fait le voyage pour rien ; il prend 1 300 photos.

Surtout, il hante les clubs de jazz de Bourbon Street. "On trouve des bons musiciens même dans la rue. Le style dixieland, typique de La Nouvelle-Orléans, très swing, est jouissif." Guarnido a lui-même tâté de la guitare dans un groupe de heavy metal. Un amour de jeunesse qu'il n'a pas complètement renié, si l'on en croit l'ampli qui traîne dans l'entrée. "J'ai remis ça pour la Fête de la musique. Mais j'écoute de tout, sauf du rap, que je déteste." Nobody's perfect.

Il est venu au jazz par Canales, qui glisse au moins une chanson par épisode. Dans Arctic-Nation, on entend Strange Fruit, de Billie Holiday, évocation du lynchage des Noirs. Dans ce même épisode, on découvre que Blacksad est noir, une dimension raciale jusqu'ici reléguée à l'arrière-plan. "L'enquête se déroule dans un quartier sinistré, loin du centre-ville, et c'est seulement là qu'il prend conscience de la couleur de ses poils." A La Nouvelle-Orléans, le chat est comme un poisson dans l'eau. D'ailleurs, il fait moins de vagues et se fait presque voler la vedette par un chien, Sebastian. Un pianiste à tête de boxer rongé par la drogue, inspiré de Charlie Parker. "Au départ, Sebastian devait être un singe, mais je ne le sentais pas. Le casting des animaux évolue souvent au fil des étapes. Sauf pour le bouc et le bélier, que l'on a trouvés dès le début. Et pourtant les cornes sont un cauchemar à faire entrer dans les cases."

L'anthropomorphisme de Blacksad s'inspire parfois de la tradition populaire : le renard est rusé, le singe est envieux, le cochon est bête, etc. Parfois, non. "Pour Ted Leeman, l'hippopotame, sa gueule et sa masse importent plus que l'imaginaire ou le stéréotype lié à la bête. J'ai adoré le mettre en scène dans son costume trois pièces des années 1930." Par ailleurs, d'un album à l'autre, un même animal incarne des personnages très différents. Le coq Junior Harper, joueur de banjo dont la carrière finit au pénitencier, n'a pas grand-chose à voir avec le tout puissant sénateur Gallo d'Ame rouge.

Si Guarnido excelle à dessiner les animaux comme des humains, ce n'est pas seulement parce qu'il a passé des heures au zoo de Vincennes. Son expérience chez Disney, comme animateur, y est pour quelque chose. "Un plan de cinq secondes représente des semaines de travail. Pour rendre vivant un personnage, il faut un nombre d'attitudes et d'expressions infini. Cela demande beaucoup de rigueur." Entré en 1993 aux studios Disney de Montreuil-sous-Bois, il y reste jusqu'à la fermeture, en 2003. La déferlante 3D le met au chômage technique. "La 3D, ce n'est pas du dessin animé. Une fois que les personnages sont créés, ils deviennent des marionnettes virtuelles."

Ironie de l'histoire, Disney a retrouvé des couleurs cette année avec La Princesse et la Grenouille, un film d'animation en 2D, situé à... La Nouvelle-Orléans ! Pas de quoi nourrir des regrets. Sans cracher dans la soupe, pour rien au monde Guarnido ne remettrait les pieds dans un studio. Travailler en équipe, dépendre du désir des autres... Aujourd'hui, il apprécie la solitude de sa maison-atelier de Nogent-sur-Marne. On pourrait en faire un proverbe : mieux vaut être charrette que d'être dans la charrette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 17 septembre sortira chez Dargaud le très attendu tome IV des aventures de Blacksad : L'Enfer, le silence, signé, comme les trois autres, Juan Diaz Canales (scénario) et Juanjo Guarnido (dessin). Cette fois, le chat-détective le plus célèbre de la BD se retrouve à La Nouvelle-Orléans et enquête, à la demande d'un producteur de jazz, Faust, sur la disparition de Sebastian, un pianiste. Voici l'une des premières cases de cette histoire, en attendant, à partir du 4 août, la prépublication, gratuite, de l'album sur LEXPRESS.fr. Eté chaud en perspective.

 

 

Qu'est-ce qui fait un album: le dessin ou l'histoire ? Les deux, répondent les auteurs Juanjo Guarnido et Mathieu Lauffray, mais tout est question d'équilibre

Première constatation en forme de lapalissade: le dessin est (à) la base de la bande dessinée. Seconde constatation en forme de corollaire paradoxal: depuis quelques années, le discours ambiant autour du 9e art évoque surtout sa propension à investir le terrain de la politique, du social, du quotidien, du fait divers. C'est juste, mais, du coup, le crayon et celui qui le tient ont trop souvent été rangés dans leur boîte. Sans avoir la possibilité de l'ouvrir.

Théoriser sur la forme n'a jamais été chose facile, tant le vocabulaire d'une expression artistique, quelle qu'elle soit, s'enferme dans une spécificité dont on ne détient pas toujours les clefs. Il suffit pourtant de laisser parler ces fins limiers du trait pour se rendre compte que le dessin est, comme tout autre médium, le fruit de la réflexion et du travail. Témoin cette rencontre entre Mathieu Lauffray et Juanjo Guarnido.

Le premier, un Parisien de 34 ans, ancien élève des Arts déco, est un touche-à-tout: bédés (Prophet, aux Humanoïdes associés), affiches de cinéma (Le Pacte des loups), jeux vidéo (Khaos) . Le second, né à Grenade, en Espagne, en 1967, a travaillé pour les studios français de Walt Disney et dessine avec succès la série Blacksad (Dargaud), dont le tome II, paru en 2004, a reçu le prix du Public au Festival d'Angoulême. En prime, pour L'Express, chacun a croqué l'autre. Au crayon, s'entend.

 

Comment avez-vous perçu cette période pendant laquelle le dessin devenait pratiquement le parent pauvre du 9e art ?
Mathieu Lauffray: Il est inconcevable de séparer le dessin de la dramaturgie. Mais il est vrai que parler d'abord, ou exclusivement, du sujet est un signe de l'époque. C'est parfait pour l'ego d'un scénariste. Il ne faut cependant pas oublier qu'il est plus facile de bâtir une bédé fondée sur un concept que de pousser l'art du dessin jusqu'à parvenir à réaliser un bouquet de fleurs à la Van Gogh. Ce travail formel exigeant peut rapidement être fatal et conduire droit dans le mur.

Juanjo Guarnido: La bédé n'est, pour moi, qu'un ensemble intégrant différentes composantes. A nous, scénariste et dessinateur, de trouver l'équilibre des éléments. Cela dit, Mathieu a raison: aujourd'hui, on pardonne davantage à une bédé au propos intéressant, mais mal dessinée. Et moins à celle dont le trait est maîtrisé, mais qui s'exprime dans un registre peu valorisant, comme l'aventure, le polar, la SF... La consécration du fond m'agace quand elle se fait au détriment du reste.

 

M. L.: Les mouvements artistiques, quels qu'ils soient, fonctionnent par cycles: on peut le vérifier dans le cinéma, dans la littérature, dans la peinture et dans la bédé. Chaque système produit des trop-pleins qui alimentent un autre cycle. Par exemple, l'académisme a créé des auteurs. Ce fut le cas dans le cinéma lorsque les réalisateurs des années 1970 ont rué dans les brancards des studios pour se proclamer indépendants. C'est le cas lorsque Jean Giraud arrête Blueberry pour se transformer en Moebius et dessiner dans Métal hurlant. En bédé, après l'émergence des auteurs dans les années 1970-1980, on est passé à une production de série. Actuellement, il y a de nouveau une réaction. Parfois, le dessin disparaît derrière une vision du monde ou une humeur, comme chez Sfar, Blain ou Trondheim. Mais toujours en cohérence avec le propos.

 

Le dessin doit-il forcément s'adapter à l'histoire ?
J. G.: Généralement, dans la chronologie du projet, l'histoire arrive avant le dessin. Donc je m'appuie sur elle. Mais chaque couple scénariste-dessinateur possède sa méthode. Le moment que je préfère est celui où je dois imaginer et conceptualiser le découpage d'une planche: quel point de vue adopter, quelle valeur de plan choisir, quelle focale, quel angle...

 

M. L.: En bédé, c'est très simple: le scénariste s'occupe du fond; le dessinateur, de la forme. L'oeuvre du scénariste est destinée à ne jamais apparaître en tant que réalisation artistique, alors que le dessinateur, lui, est responsable de ce à quoi le lecteur sera directement sensible. Pour certains, il sera important de faire passer des informations. C'est le cas dans une enquête policière, par exemple. D'autres vont davantage travailler une émotion. Et là on aborde une spécificité du dessinateur: sa capacité à étirer ou à raccourcir le temps. Traverser un lac en barque peut durer deux cases ou deux pages.

 

Y a-t-il, chez vous, une tendance à jouer la performance formelle ?
J. G.: Je dois avouer que je suis assez pour. A la différence du cinéma, le vocabulaire utilisé par la bédé pour faire passer l'émotion et l'information est assez limité. Il n'y a pas de son, pas de musique, pas d'acteurs... A nous de transcender ce manque. La spécificité du dessin de bédé se trouve dans la réinterprétation qu'il fait du réel. Au final, je dessine ce que je veux que les gens voient.

 

M. L.: Contrairement au cinéma ou à la photo, qui doivent agencer des éléments de réel, rien, dans le dessin, n'apparaît qui ne soit pas désiré par l'auteur. L'accident est lié à ses propres qualités et à ses propres défauts. Quand je me plante, je sais ce que je dois encore travailler.

 

Un dessin doit-il se remarquer ?
J. G.: Si le lecteur s'arrête sur un dessin, cela veut dire que le récit coince. Je considère que c'est un échec.

 

Pardon de me faire votre avocat, mais parfois on s'arrête sur l'un de vos dessins et l'on y prend du plaisir...
M. L.: Juanjo est un peu modeste.

J. G.: Je ne suis pas contre l'esthétisme. D'accord, on peut se régaler face à un dessin. L'idéal serait pourtant qu'on glisse dessus. Mon caractère me pousse à aimer la précision. Mais cela tient aussi à la cohérence du projet. Blacksad n'est en rien réaliste, puisque les personnages sont des animaux humanisés. Pour l'oublier, il ne faut pas hésiter à verser dans le détail. Rassurez-vous: j'aime beaucoup quand on me dit que le dessin est beau, même si je continue de croire que le débit du récit doit rester fluide. De toute façon, une fois l'album terminé, le lecteur a toujours le loisir de revenir sur une case pour se rendre compte que le gars s'est vraiment emmerdé à dessiner tel ou tel truc.

 

M. L.: Ça rejoint le débat «Quel dessin pour quel type de récit?». Bien sûr, je suis d'abord au service de l'histoire que je raconte. Mais je suis aussi au service du courant artistique qui m'a amené là. Par ailleurs, le lecteur sera plus facilement immergé dans un récit qui joue le dessin synthétique. Quand la volumétrie d'une case est importante, on séduit davantage, mais on complexifie le message. Il est plus facile de lire une aventure d'Adèle Blanc-Sec [Tardi] ou du Chat du Rabbin [Joann Sfar] que de Blueberry. Lorsque Giraud multiplie les détails d'une scène de saloon, par exemple, il rend hommage à son métier et à l'amour qu'il en a. Je crois que la qualité d'un dessinateur se mesure à la constance de son vocabulaire. Autre exemple: Hergé. Chez lui, il y a souvent une dramaturgie qui aboutit à un dessin spécifique et sur lequel on va s'arrêter. Là, c'est formidable.

 

Comment se travaille un dessin ?
J. G.: Je fais beaucoup de croquis préparatoires. C'est d'ailleurs l'un de mes grands plaisirs que d'élaborer une première composition ratée sur laquelle je vais retravailler.

 

Il est rassurant de savoir que vous en ratez...
J. G.: A l'occasion des dédicaces, je dessine des personnages que j'ai réalisés mille fois. Donc, évidemment, cela paraît facile. Mais, lorsque l'on s'attelle à un album, il faut faire ses gammes, comme un pianiste: se mettre devant la planche, imaginer le nombre de cases, trouver le bon dessin pour la bonne composition. Si les deux ne se marient pas, il faut recommencer et chercher une autre idée. C'est parfois douloureux. Mais cet artisanat du travail me fascine: approfondir, s'imprégner, donner un sens et traduire une émotion par ses propres moyens...

 

 

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